International audienceUne lecture plastique de l’autobiographie de Colette Fellous, autrice française et tunisienne de culture juive et directrice de la collection « Traits et Portraits » aux Éditions Mercure de France, repose sur la composition de ses récits de textes et d’images. Des photos des Joueurs de cartes de Cézanne apparaissent dans les récits autobiographiques de l’écrivaine. La référence aux tableaux du peintre met en scène l’ekphrasis. Par un geste scriptural décadrant l’insertion, l’emprunt et la citation, l’écrivaine met à l’œuvre un débordement du cadre où le texte, se dotant de certaines particularités de la bordure, la reconstruit par le médium de l’écriture.L’autrice franchit aussi les bords du tableau de Cézanne dont la matérialité en tant qu’objet d’art est représentée par une copie ayant été accrochée dans la maison parentale où elle avait passé son enfance à Tunis. La verticalité du mur sur lequel est exposé le tableau est, dans ses livres, retournée en horizontalité permet à Colette Fellous de défier la bordure du tableau, de la frôler, de s’introduire et de se positionner auprès des Joueurs. Elle délocalise ainsi les bordures, les décloisonne et les remplace par d’autres cadres textuels et mémoriels.Accueillant dans son espace autobiographique les Joueurs, l’écrivaine se fait adopter par les personnages de Cézanne en souhaitant s’infiltrer dans l’espace du peintre et en être objet. Elle exprime son « envie d’enlever ses chaussures et d’entrer dans le tableau, sans faire de bruit » aussi bien que celui « de [se] faufiler sur le côté du tableau, près du joueur de droite ». Étant à la fois sujet accueillant et objet accueilli par l’œuvre de Cézanne, l’écriture de soi de Colette Fellous illustre un détournement du cadre allant du décadrage au recadrage. L’objet de ma réflexion est d’interroger les représentations des champs/hors-champs des images des Joueurs de cartes de Cézanne dans l’autobiographie de l’autrice et d’étudier la compatibilité du greffé pictural au greffant scriptural. Mes questionnements portent sur les interactions entre le textuel et le visuel. C’est une lecture à la fois plastique et stylistique articulée autour de i) la manière dont l’image déborde le texte « au bord de cette scène muette », ii) de l’examen des visuels, images in absentia et hypotypose montrant comment l’image vire de bord et iii) des procédés qui permettent à Colette Fellous de ne pas « grelotter au bord » en « fai[sant] régulièrement le voyage vers » les tableaux de Cézanne
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