conference paper

Zonas cinzentas: um objeto espacial?

Abstract

International audienceLa zone grise, un objet spatial ?Cette contribution souhaite mettre en avant la dimension spatiale des zones grises du travail. Notion sociologique à part entière, la zone grise relève de l’instauration des conditions « du travailleur post-fordiste » pour reprendre la contribution de Donna Kesselman dans le dictionnaire sociologique consacré à l’étude des zones grises (Kesselman, 2019).Que signifie apporter une approche territoriale aux zones grises ? Chaque emploi revêt une dimension spatiale inhérent d’abord à sa localisation, parfois à sa vocation comme dans le cas de la livraison. La notion de zone grise, définie comme un espace de dérégulation sociale, questionne ainsi les nouveaux rapports entre travail et territoire. Pour reprendre le titre de cette contribution, la zone grise peut-elle être un objet spatial et apporter un éclairage supplémentaire à l’épistémologie de la zone grise ?Partant d’un niveau conceptuel de la zone grise, nous proposons d’analyser la territorialisation de la zone grise. En l’occurrence, le cas d’étude des Dark store est une bonne illustration de cette territorialisation de la zone grise. Si le Dark store n’existe plus aujourd’hui en France, l’analyse de cette expérimentation est riche d’enseignements. En effet, les Dark Store représente un objet de disruption qui ne peut pas être analysé de manière classique, précisément car son existence se plonge dans un écosystème de sa propre création. En proposant une lecture de l’écosystème des Dark store, nous souhaitons mettre en lumière les interactions entre un modèle de développement économiques issu des plateformes numériques avec l’espace public dans lequel s’insérait cette activité. En s’appuyant sur un « brouillage de frontières » sur la destination d’implantation d’une activité économique dans un pied d’immeuble, les Dark store ont été aussi une tentative de déroger au droit d’urbanisme. A travers l’étude des conflits et des contradictions qu’a généré cette implantation, c’est en quelque sorte une narration de la zone grise que nous proposons, un nouveau récit de tensions opérées par la matérialisation des zones grises sur la ville. Une approche conceptuelle des zones grises par la géographie La géographie en tant que discipline universitaire propose une lecture des réalités sociales en analysant les sociétés humaines d’un point de vue de leur spatialité. Autrement dit, la géographie étudie la matérialité des faits sociaux dans l’espace.Dans le cadre de l’objectivation des zones grises, nous questionnons les zones grises du travail dans leur rapport à l’espace social géographique dans laquelle elles agissent : les zones grises du travail ont-elles un impact sur les interactions entre des individus au sein d’un espace géographique ? Le propos est volontairement ciblé sur les répercussions des zones grises dans l’espace public ; les conséquences sur l’espace privé ne fait donc pas partie de notre analyse. Il est aisé de comprendre ce choix : l’exemple de la multitude de livreurs à vélo qui attendent sur le domaine public la livraison d’une commande, ou qui sont justement en train de la livrer, suggère que l’espace public est complétement intégré à la chaine de valeur de ce secteur économique. Le parallèle peut être fait avec le free floating : les trottinettes électriques, mises à disposition par des opérateurs privés, et envahissent l’espace public par la nécessité de parquer ces véhicules, relève de la même idée, même si une régulation publique a pu être mises en place afin d’encadrer le phénomène d’implantation. Ces aspects de « privatisation » de l’espace public par ces types d’emploi symbolisent les conséquences de « brouillage des frontières » des zones grises. Dans le contexte de désengagement des États, d’une défaillance du modèle fordiste et de nouvelles aspirations entrepreneuriales, un nouveau rapport social au travail s’organise. Comment les entreprises des plateformes numériques prennent part à ces nouveaux rapports de force ? S’il n’y a pas de réponse unique en la matière, il est aisé de comprendre que c’est un objet d’étude transdisciplinaire à analyser sous l’angle interdisciplinaire c’est-à-dire par l’approche juridique, économique, sociologique, politique et bien sûr géographique. C’est ici que la dimension territoriale prend toute son importance car la construction d’un territoire est le fait politique par excellence, c’est la matérialité du récit collectif et des choix idéologiques. Aussi, l’organisation des espaces, notamment celui des villes, se trouve directement impacté par ce nouveau récit opéré par les entreprises de l’économie numérique qui tentent dans la foulée de s’affranchir des règles antérieures.Les dark store, un cas d’école de la zone grise ?La filière économique des dark stores symbolise à la fois la dynamique de croissance rapide de l’économie des plateformes numériques mais illustre également une forme de matérialité de la zone grise dans sa propension à désorganiser les règles préexistantes.Reprenant des thèses de David Harvey sur les rapports sociaux dans l’espace et les questions urbaines qui en résultent, Nicolas Lebrun note une évolution de la centralité des espaces marchands ou s’exprime une optimisation des proximités géographiques : « On peut y voir une forme de libéralisation de l’urbanisme commercial, qui correspondrait spatialement au passage d’un régime d’accumulation standardisée à un régime d’accumulation flexible, qui a transformé la ville fordiste, pour reprendre une approche conceptuelle développée par D. Harvey (1987). Chez Harvey, l’impact de la flexibilité sur l’urbanisme se limite aux conséquences des évolutions structurelles du marché du travail. Mais, la flexibilité ne s’est en rien limitée, dans l’urbanisme commercial, aux seules évolutions des conditions d’emplois : les modalités de gestion du bâti commercial ont tout autant été marquées par une souplesse qui existait déjà depuis les années 1970 (…) » (Lebrun, 2023).Le recours à la notion de zone grise est utile pour mettre en évidence deux dynamiques. La première est d’ordre économique et concerne l’implantation d’une activité économique nouvelle dans la ville et ses impacts sur l’espace urbain.La seconde dynamique relève de la réponse politique et de l’action publique face à l’essor d’une activité non désirée, voire non souhaitable.C’est dans ce registre de réflexion que l’outil des zones grises met en exergue sa capacité à être tantôt utilisé dans une conception sociologique lorsque l’on évoque les figures émergentes et le lien de subordination numérique, tantôt dans une conception géographique lorsqu’il s’agit d’un brouillage d’usage de l’utilisation d’un pied d’immeuble passant d’une activité commerciale à celle d’entreposage. Cela contrevient à la fois au droit de l’urbanisme sur la destination des activités, mais provoque également un changement d’usage de l’espace public avec l’arrivée massive de livreurs à vélo qui « parquent » devant l’entrepôt en attendant leur paquet à livrer.« Les dark stores, par leur surface entièrement dédiée au stockage, sont assimilés à des entrepôts. Les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) définissent comme commerce, un local dont la surface de stockage n’excède pas 1/3 de sa surface. Dans le cas parisien, le PLU interdit les entrepôts dans les périmètres d’habitation. Le changement de destination d’un local, dans le cas présent, d’un commerce à un entrepôt, n’est possible qu'après déclaration préalable, suivant l’article R.421-17 du code de l’urbanisme. Or, les dark stores concentrent en moyenne un catalogue de 1 500 à 2 000 références de produits les plus courants, contre une offre de produits de 15 000 à 20 000 références, dans un drive piéton de type Carrefour. Cette activité, située au cœur des villes, n’accueille pas de clients et est exclusivement dédiée aux commandes en ligne via une application mobile. La fonction des dark stores en tant que commerce ou espace d'entrepôt fut le cœur d’une bataille juridique qui allait au-delà de la qualification d’une nature d’occupation du sol. » (Schirrer & al, 2024).Un autre élément peut être cité pour aller plus loin dans l’analyse : « La décomposition du temps de l‘activité des livreurs durant les quinze minutes exigées par le contrat de livraison, révèle paradoxalement que le temps de déplacement effectif ne représente que 50% du temps global de livraison[1]. Les livreurs passent donc la moitié du temps de la course à attendre sur l’espace public, d’abord concentrés autour des points de retrait, densifiant ensuite la circulation de deux-roues sur la voie publique, avant de générer de nombreux stationnements de courte durée au niveau des points de remise de livraison. » (Schirrer &al, 2024)Ainsi, le territoire est un élément central de l’analyse de l’uberisation en tant que support géographique de ces transformations. Les conséquences de ces nouvelles filières d’entreprises sur l’organisation des territoires sont nombreuses en créant de nouvelles formes de mobilité de biens et de personnes qui participent à un brouillage de frontières sur la vocation de l’espace public et privé. BibliographieKesselman D (2019), Travailleur post-fordiste, In Les zones grises et les relations de travail d’emploi : un dictionnaire sociologique, dirigé par Bureau MC, Corsani A, Giraud O et Rey F, édition Téséo, pp 589- 600Lebrun N., (2023), Appréhender la centralité marchande : les modes de centralité, Bulletin de la Société Géographique de Liège,2023,81(2-2023),pp. 57-74. hal-04402311Harvey, D. (1987). Flexible accumulation through urbanization. Antipode, 19(3), 260‑286.Schirrer M., Nahay E., Phan L., (2024) « La territorialisation du quick commerce à travers le cas des dark stores à Paris », Netcom [En ligne], 37-3/4 | 2023URL : http://journals.openedition.org/netcom/8888 ; DOI : https://doi.org/10.4000/y3i

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Last time updated on 08/11/2025

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