ORFEE2.0 Open Repository For Educational E-prints (HEP Vaud)
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Espaces intermédiaires pour les formateurs et formatrices de terrain : entre efficacité démontrée et réalités organisationnelles
Plusieurs recherches démontrent la nécessité de créer des communautés de formateurs pour assurer une circulation des savoirs entre les différents lieux de la formation à l’enseignement (Marlot & Ducrey-Monnier, 2020). Toutefois, des tensions structurelles compliquent cet objectif dans le contexte actuel de la formation des enseignants. Une récente évaluation externe a souligné l’importance d’offrir aux formateurs de terrain des repères scientifiques clairs ainsi que des occasions de se regrouper et d’échanger, afin de soutenir leurs actions auprès des stagiaires, en cohérence avec les travaux de L’Hostie et al. (2013) et Caron & Portelance (2017).
Deux dispositifs pilotes sont en cours d’expérimentation : une communauté de pratique mobilisant l’analyse vidéo des rétroactions, et un groupe de codéveloppement professionnel structuré autour de l’analyse de situations vécues. Ces espaces hybrides, à l’interface entre terrain scolaire et formation académique, constituent des situations intermédiaires où les formateurs de terrain peuvent expérimenter de nouvelles modalités d’(auto)évaluation et de co-évaluation entre pairs. Ils montrent un potentiel formatif et transformatif, mais révèlent aussi des contraintes organisationnelles qui limitent leur pérennisation. Cette communication propose d’analyser comment ces dispositifs redistribuent les rôles d’évaluation et mettent en lumière les tensions entre les apports de la recherche et les réalités de la formation en alternance
Formation continue en haute école : étude des rapports sociaux de sexe dans les dispositifs certifiants destinés au corps enseignant
Cet article documente les inégalités de sexe au sein des formations continues certifiantes destinées au corps enseignant d’une haute école pédagogique de Suisse romande. Malgré un cadre législatif promouvant l’égalité entre femmes et hommes, les résultats révèlent la persistance de disparités structurelles dans l’accès et la participation à ces dispositifs. La méthodologie mixte mobilisée articule l’analyse descriptive des effectifs de dix-neuf formations (2022-2024), une observation participante au sein d’un groupe de travail réunissant responsables de formation et collaboratrices scientifiques, ainsi qu’un atelier de restitution réflexive avec le personnel de la formation continue.
Les analyses illustrent une ségrégation horizontale marquée : les formations pédagogiques, d’accompagnement ou liées aux premiers cycles scolaires sont très majoritairement féminisées, tandis que les formations techniques, scientifiques ou de leadership présentent une répartition plus équilibrée. Les données qualitatives montrent que l’articulation entre responsabilités familiales et organisation des dispositifs (horaires, formats, durée) produit des contraintes d’accès différenciées selon le sexe.
Cette étude s’inscrit dans un champ encore peu développé – les rapports sociaux de sexe dans la formation continue enseignante – et propose des leviers institutionnels pour renforcer l’accessibilité et la valorisation égalitaire des domaines de spécialisation
Impliquer les élèves dans l’évaluation de leur apprentissage : présentation d’une recherche collaborative à partir de l’implémentation des nouveaux moyens romands pour l’enseignement du français.
Des évolutions du contexte scolaire de la Suisse romande nous invitent à (re)questionner l’articulation entre l’inclusion et l’évaluation : un nouveau moyen d’enseignement du français est introduit actuellement dans tous les degrés primaires avec force prescriptive. Fondé sur les différents genres de texte, ce moyen d’enseignement introduit des nouveautés telles que des productions écrites précoces, une parité entre productions écrite et orale, une articulation systématique entre compréhension et production de textes écrits et oraux. En raison des différences de règlementation entre les cantons, il ne contient cependant pas d’information, ni de ressource concernant l’évaluation des apprentissages, laissant aux enseignants le soin de concevoir leurs démarches et leurs outils. En parallèle, dans le canton de Vaud, de nouvelles prescriptions en matière d’évaluation ont récemment vu le jour, dans la perspective d’une école inclusive. Elles mettent en avant le principe d’une évaluation qui soutient les apprentissages, invitant les enseignants à fonder l’évaluation sommative sur des critères. Dans ce contexte de réforme, nous accompagnons un groupe d’enseignantes d’un établissement primaire vaudois dans la construction de démarches et d’outils d’évaluation critériée visant à impliquer leurs élèves dans l’évaluation de leur apprentissage. Elles enseignent à des élèves de 3-4e et de 5-6e (âgés de 6 à 8 ans et de 8 à 10 ans) et collaborent entre elles de manière à prendre en compte les progressions entre les cycles. Dans le cadre de cette recherche collaborative, nous travaillons sur des outils d’évaluation permettant de développer la capacité des élèves à s’autoévaluer. Sur la base des traces d’utilisation des outils d’évaluation et d’enregistrements audio, nous présenterons les leviers et les obstacles de ces outils pour impliquer efficacement les élèves dans l’évaluation
Materializing self-advocacy skills with families of students with special educational needs
Self-advocacy refers to speaking up for oneself, expressing one’s needs, and defending one’s interests (Test et al., 2005). It is a core component of the broader concept of self-determination, through which individuals live autonomous lives and make decisions independently (Wehmeyer et al., 2003). In the school context of the Canton of Vaud (Switzerland), students with special educational needs (SEN) are expected to become self-advocates to discuss and ensure the implementation of the support they require. However, these skills develop gradually, beginning in early childhood through everyday experiences. Therefore, family involvement is crucial in supporting their acquisition.
Our current research project aims to develop 11 self-advocacy skills for students with SEN. Funded by the Swiss Federal Office for the Equality of People with Disabilities and the University of Teacher Education of the Canton of Vaud, this participatory action research involves families in co-creating materials to be used with their children. Two groups of co-researchers participate: four adolescents and three mothers, collaborating with two researchers. The resulting materials will later be shared through an open-access platform for wider use by families.
This poster presents how we collaboratively conceptualized and designed agentic materials (Snaza et al., 2016), enabling families to engage in “series of situations” (Dewey, 1998) that, through lived experience, can transform both individuals and their environments. We will describe the iterative work cycles with co-researchers and families that led to the co-construction and adaptation of multimodal learning materials, as well as examples of the resources that emerged from this creative and participatory process.BFE
Quand les futur·e·s enseignant·e·s évaluent : quelles émotions en jeu ? Une étude exploratoire corrélationnelle transversale
L’enseignement est marqué par des émotions fréquentes et intenses susceptibles de fragiliser les enseignants (Frenzel et al., 2021). Ils perçoivent l’évaluation comme un enjeu central du métier (Deluca et al., 2024). A ce titre, les novices se disent souvent insuffisamment préparés dans ce champ, ce qui contribuerait en partie à leur faire quitter la profession prématurément (Fontaine et al., 2012). Si les émotions des élèves face à l’évaluation ont été largement étudiées (Hanin et al., 2022), celles des enseignants restent peu explorées, et aucune étude quantitative ne s’est encore penchée sur cette question (Steinberg, 2015).
Cette recherche analyse les émotions de 76 enseignants en formation initiale lors de deux moments clés de l’évaluation sommative : la correction (lecture et notation) et la reddition (retour et justification). Les mesures suivantes ont été utilisées : l’échelle TSES (Valls et al., 2020), la moyenne de classe à la dernière épreuve, des échelles d’émotions épistémiques (Pekrun et al., 2017) rapportées pendant la correction et la reddition, ainsi que des échelles de joie, colère et anxiété habituellement vécues en contexte d’évaluation (Audrin et al., 2025).
Les résultats montrent que les émotions positives dominent. Cinq émotions épistémiques (confusion, curiosité, ennui, frustration, surprise) sont plus intenses lors de la correction, tandis que la reddition s’accompagne d’une tonalité plus positive. L’excitation à la reddition est prédite par l’efficacité perçue pour la gestion de classe et l’engagement, mais diminue lorsque les performances des élèves sont élevées. Ces performances apparaissent comme des prédicteurs des émotions, surtout lors de la correction.
Ces résultats confirment que les émotions des enseignants sont sensibles aux productions des élèves (Steinberg, 2015) et soulignent l’importance d’intégrer la dimension émotionnelle dans la formation à l’évaluation. Ils ouvrent également des perspectives de comparaison avec les enseignants chevronnés, dont l’expérience pourrait atténuer ou transformer ces vécus émotionnels
L’égalité à l’épreuve de la différenciation: vulnérabilité numérique et rapports de sexe
Cette communication explore la manière dont certaines pratiques d'enseignement en éducation à la citoyenneté numérique peuvent, sans visée explicite, contribuer à la reconduction de rapports sociaux de sexe (Kergoat, 2005).
S'appuyant sur une enquête empirique menée dans huit classes du primaire en Suisse romande (élèves de 8 à 12 ans), elle met en lumière les mécanismes par lesquels la différenciation pédagogique — souvent envisagée comme une réponse légitime à l'hétérogénéité des élèves (Bergeron et al., 2021), mais peu pensée au prisme des rapports sociaux de sexe — peut produire des effets non anticipés, renforçant une « division socio-sexuée des savoirs » (Mosconi, 2003, p. 31).
L'analyse thématique de contenu (Mucchielli, 2007) dégage deux dynamiques distinctes, mais articulées. La première concerne l'attribution récurrente de compétences techniques à certains garçons lors d'activités informatiques, processus ancré dans des représentations sociosexuées. La seconde révèle une vigilance différenciée dans les dispositifs de prévention en éducation aux médias, où les filles sont davantage interpelées concernant leur visibilité et exposition corporelle en ligne, renforçant leur positionnement comme sujets vulnérables.
Ces éléments invitent à interroger les effets concrets — et parfois contre-intuitifs — des promesses démocratiques associées au numérique en éducation. Dans une perspective postdigitale, il s'agit d'examiner les rapports de pouvoir que peuvent reproduire les dispositifs sociotechniques lorsqu'ils rencontrent des pratiques pédagogiques insuffisamment conscientisées (hooks, 2014).
Cette étude s'inscrit dans une approche féministe matérialiste qui s'attache à comprendre comment les inégalités de sexe-numériques prennent forme dans les pratiques scolaires et se trouvent, parfois, consolidées par les discours politiques qui les accompagnent
Projet Sankofa: transmettre les langues d’héritage subsahariennes en région lémanique
Le projet Sankofa vise à étudier les pratiques, les idéologies et la (non-)transmission des langues au sein des familles subsahariennes de la région lémanique. Financé dans le cadre du programme de recherche 2025–28 du Centre scientifique de compétence sur le plurilinguisme à Fribourg et mené à la HEP Vaud, ce projet explore, à travers des échanges avec les parents, les enfants — parfois aussi avec la famille élargie — ainsi qu’avec des enseignant·e·s des cours de langues et cultures d’origine-héritage, la manière dont les langues d’héritage se construisent, se transforment ou se négocient au quotidien.
Dans cet entretien croisé, Chiara Bemporad, Subilaga Kalanje, Amelia Lambelet, Sacha Gabriela Nabe et Martina Zimmermann, les cinq collaboratrices du projet nous racontent leurs motivations, les points qui les interrogent, leurs surprises et ce qu’elles espèrent du projet.Institut de plurilinguisme, Fribour
Etude d'une mise en oeuvre d'EMILE à l'école primaire en France
Cette intervention présentera une mise en œuvre de dispositifs EMILE à l'école primaire en France basée sur les recommandations européennes et ministérielles. Afin d'évaluer l'efficacité du dispositif, nous avons mené une étude pour analyser l'intérêt d'EMILE pour les apprentissages des élèves et identifier les compétences à développer dans l'accompagnement des enseignants polyvalents de primaire. Ces travaux, menées en 2020-2021, ont mis en évidence l'importance de penser une entrée progressive dans EMILE à l'école primaire et ont permis de proposer quelques recommandations concernant la formation des enseignants de primair
Évaluation d'un dispositif de formation à l'égalité de sexe en contexte numérique : analyse des effets différenciés sur les pratiques enseignantes
L'évaluation des dispositifs de formation à l'égalité destinés aux enseignant·es interroge les paradigmes dominants et révèle l'inadéquation des méthodologies conventionnelles – mesures pré/post-test, indicateurs quantifiés – à saisir la complexité des processus formatifs (Mons, 2013). Ce champ d'intervention, caractérisé par des résistances multiples – institutionnelles, relationnelles, idéologiques (Pasquier & Richard, 2018) –, requiert une attention particulière aux modalités concrètes de réception, d'interprétation et d'appropriation des contenus formatifs dans l'activité professionnelle.
Cette investigation examine les effets d'une formation centrée sur les inégalités de sexe dans les pratiques numériques, à travers l'analyse des interactions pédagogiques d'enseignant·es du primaire. Elle déploie un protocole expérimental à cas uniques avec lignes de base multiples entre participant·es (PCU-LBM), permettant une lecture contextualisée et longitudinale des transformations professionnelles (What Works Clearinghouse, 2022). Le corpus empirique comprend 62 heures d'enregistrements vidéo, collectés dans huit classes de Suisse romande auprès d'élèves âgé·es de 8 à 12 ans, avec un focus sur l'évolution des sollicitations différenciées selon le sexe. Le dispositif articule trois communautés de pratique structurées autour des rapports sociaux de sexe et du numérique.
Les résultats révèlent des effets contrastés : des évolutions notables dans trois classes, particulièrement en informatique. Ces reconfigurations demeurent toutefois partielles, temporellement instables et inégalement distribuées selon les disciplines. L'analyse met en évidence la complexité des processus de transformation professionnelle et questionne l'efficacité des approches évaluatives standardisées pour appréhender les questions socialement vives. Elle suggère de reconsidérer l'évaluation en tenant compte des conditions sociales et institutionnelles qui modulent les possibilités de changement, tout en reconnaissant les tensions et résistances inhérentes à ces processus
Eye movements when reading Arabic numbers in sentences
We examined eye movements in 49 adults as they read aloud or silently rounded and non-rounded Arabic
numbers embedded in texts. We compared the patterns of eye movements to those obtained when participants
read words and pseudowords matched in length to the numbers. The results revealed that non-rounded numbers
elicited more fixations, longer fixation durations, and an increased number of saccades with shorter amplitudes
compared to words, with pseudowords and rounded numbers falling in between. This reflects the cognitively
demanding step-by-step processing required for number reading. However, this effect was moderated for nonrounded
numbers in silent reading, suggesting that without oralization requirement, participants engaged in a
more superficial reading. This interpretation was further supported by a higher error rate on a comprehension
task administered after reading when the questions were related to the magnitude of the numbers read. Additionally,
participants made more leftward saccades when reading numbers compared to words and pseudowords,
indicating that despite numbers being oralized from left to right, they must be, to some extent, scanned from
right to left to determine the value and therefore the denomination of the various digits. These findings shed light
on the cognitive mechanisms underlying number reading