Épistémologie de la turcologie

Abstract

Le mot turcologie désigne des pratiques à ce point diversifiées qu’il est douteux qu’on puisse les référer à une architecture épistémologique commune. À l’inverse, une multiplicité de notions (turcologie, études turques, « science de la turcité », « étude de la Turquie »), plus ou moins traduisibles ou interchangeables d’un pays à l’autre, sont disponibles sur le marché linguistique international. Dans cet essai, notre propos est d’approfondir la question des interférences entre deux entités interdépendantes : la Turquie, entendue comme construction nationale et comme formation étatique, et la turcologie, conçue comme modalité théorique et pratique d’organisation du travail scientifique. Deux pistes seront suivies : l’une, philologique, consistera à décortiquer les mots et les noms de la turcologie dans leur variabilité temporelle et spatiale ; l’autre, historiographique, visera à mieux identifier les différents tropismes (nativisme, eurocentrisme, millénarisme) qui inspirent la façon dont on a écrit l’histoire des études turques au XXe siècle.The term Turcology refers to practices that are so diversified that it is doubtful whether they can be referred to via a single epistemological architecture. Conversely, a variety of scholarly designations (‘Turkology’, ‘Turkic studies’, ‘Turkish studies’, ‘science of Turkishness’, ‘study of Turkey’) are available on the international linguistic marketplace to denote this body of studies. In this essay, we intend to explore the question of tension between Turkey, understood as a national construction and a state formation, and Turcology, conceived as a theoretical and practical modality of scholarly investigation. The article will shed light on two matters: the first, philological, will consist in dissecting a few core concepts and names of Turcology in their temporal and spatial variability; the second, historiographical, will outline how the history of the field is written and why the different patterns that shape its narrative (nativism, Eurocentrism, millennialism) tell more about the so-called Turcologists than about Turcology itself

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