La violence conjugale à l’épreuve de l’État social : une comparaison franco-états-unienne

Abstract

À partir de la fin des années 1970, les associations féministes qui prennent en charge le problème de la violence conjugale se sont insérées dans le secteur social, avec plus ou moins de succès, et ont bénéficié de financements venant de l’État. Dans une période de reconfigurations de l’État social, qui affectent notamment les modes d’attribution des budgets publics, celui-ci perd en légitimité symbolique et voit ses fonctions se modifier. Quels sont les effets de ces mutations sur la prise en charge, étatique et associative, du problème de la violence conjugale ? La comparaison entre la France et les États-Unis met en lumière un paradoxe concernant l’évolution de la cause dans ces deux contextes institutionnels et politiques. Alors que l’État social est moins fort aux États-Unis qu’en France, la légitimité de la cause dans l’espace social permet de créer des droits spécifiques aux femmes victimes et d’instaurer notamment un régime d’exception les prémunissant des contraintes du workfare. Parallèlement, en France, les organisations féministes œuvrent toujours à la pleine reconnaissance de ce problème public et semblent davantage menacées par les réductions budgétaires. En s’appuyant sur une enquête ethnographique menée principalement dans le comté de Los Angeles et en région parisienne, cet article propose de retracer les trajectoires de la cause de la violence conjugale prisme des transformations provoquées par les mutations de l’État social.Conjugal violence is a serious and persistent social problem; one-third of all women globally have been a victim of it. This article will discuss the empirical and theoretical links between conjugal, domestic, and structural violence. The article will start with a short background describing how conjugal violence has been shaped as a socio-criminal problem in Québec. It will then identify the primary knowledge gaps in the field, thereby demonstrating the need to better understand the complex links between conjugal, domestic, and structural violence, three concepts whose definitions could be enhanced and made mutually complementary. The article will stress the importance of considering the diverse realities faced by those involved in these types of violence (women, men, and children), focusing on a broad analysis that integrates not only individual and interpersonal factors but also social and structural factors, in particular oppression based on gender or other social identity markers. The discussion will be enhanced by theoretical models that describe various dynamics of conjugal and domestic violence, as well as by intersectional feminism, which has proved useful in analyzing structural violence. The conclusion will deal with the possible effects of analyzing links between conjugal, family, and structural violence on social policy and intervention programs for victims, committers, and children exposed to conjugal violence

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