research

La contestation des discours sur l’obésité : YouTube et la femme « grosse » parrhésiaste

Abstract

Dans la société occidentale, les constructions discursives dominantes définissent les « gros » corps comme des corps malades qui manquent de volonté pour gérer leurs désirs. Ces discours néolibéraux laissent aussi entendre que le corps serait un objet mesurable distinct du corps vécu. Les femmes « grosses » sont assujetties aux discours néolibéraux sur l’obésité, mais aussi au « savoir » sur la féminité (hétérosexuelle); elles sont donc jugées et dénigrées puisqu’elles ne se conforment pas aux normes sociales de ces deux espaces discursifs. Toutefois, certaines d’entre elles résistent en problématisant l’identité féminine que génèrent les discours dominants sur l’obésité. En effet, dans une recherche procédant à une analyse foucaldienne des discours de quatre vidéos produites sur YouTube par des femmes qui se disent « grosses » et des commentaires que ces vidéos ont suscités, les auteures ont constaté que YouTube offre aux femmes une plateforme pour pratiquer la parrhésie, ce que Foucault décrit comme l’acte de dire la vérité sans peur. Utiliser YouTube pour parler sans peur de ses difficultés avec les constructions discursives dominantes du corps féminin « gros » favorise une forme d’attention à soi qui peut aider les femmes à contester les discours dominants sur l’obésité. Même si elles ne parviennent pas à se libérer complètement de ces discours, elles peuvent, grâce à l’auto(re)présentation parrhésiastique dans YouTube, se voir sous un jour nouveau et contribuer à la production et à la reproduction de contre-discours sur le corps féminin « gros ».In Western society, dominant discursive constructions of ?fat? bodies position them as diseased bodies that lack the will to manage their own desires. These neo-liberal discourses also suggest that bodies are measurable objects separate from the lived body. ?Fat? women are judged and denigrated since they are subject to and subject of these neo-liberal obesity discourses, as well as the ?knowingness? of (heterosexual) femininity, since they do not conform to social norms in both discursive spaces. However, some of them resist by problematizing the feminine identity that is tied to dominant discourses of obesity. Indeed, results from a pilot foucauldian discourse analysis of four YouTube videos featuring women who self-identify as ?fat? and their associated comments suggest that YouTube is a platform that allows women to practice parrhesia, what Foucault describes as the act of fearlessly speaking the truth. Speaking fearlessly about one’s struggle with dominant discursive constructions of the ?fat? female body on YouTube fosters a kind of attentiveness toward the self which can help women challenge dominant discourses of obesity. Although it was found that women can not completely break away from dominant discourses of obesity, through parrhesiastic self-(re)presentation on YouTube, they can look at themselves in new ways, and contribute to the production and reproduction of counter-discourses about the ?fat? feminine body

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