Cet article interroge les enjeux culturels et idéologiques soulevés par les principales métaphores auxquelles ont eu recours, depuis une quarantaine d’années, aussi bien les comparatistes que les traductologues canadiens-anglais et québécois pour mieux appréhender le rapport entre les deux littératures dites fondatrices du Canada. Nous émettons l’hypothèse selon laquelle les présupposés véhiculés par ces métaphores sont en partie responsables, d’une part, de la difficulté qu’ont ces deux disciplines à se définir l’une par rapport à l’autre et, d’autre part, des tensions « territoriales » qui les menacent, chacune à son tour, de disparition, au Canada comme ailleurs. Dans cette perspective, une attention particulière est portée aux « effets pervers » produits par certaines de ces métaphores sous la forme de procédures d’occultation de la diversité et de la différence qui les rendent inaptes à penser la complexité réelle des frontières culturelles et des découpages disciplinaires, notamment dans les sociétés plurilingues occidentales contemporaines. Pour sortir d’une telle impasse, nous recourons au concept non métaphorique de « braconnage » récemment défini par le critique québécois Simon Harel, qui permet de rendre compte des espaces culturels et disciplinaires contigus dont la survie dépend de la reconnaissance – et du maintien – de la conflictualité créatrice qui les sous-tend.This article explores the cultural and ideological assumptions underlying the principle metaphors forged during the last forty years by English-Canadian and Québécois scholars of Comparative Literature and Literary Translation Studies in an attempt to portray the relationship between Canada’s two “founding” literatures. It argues that such assumptions are partially responsible, on the one hand, for the difficulty these two disciplines have had in defining their respective boundaries and, on the other hand, for the “territorial” tensions that have constantly threatened their autonomy, indeed their very existence, both in Canada and elsewhere. In this perspective, particular attention is given to the “perverse effects” produced by many of these metaphors which, insofar as they tend to occult cultural diversity and difference, are unable to account for the current complexity of cultural borders and interdisciplinary relations, especially in the context of multilingual occidental societies. In an effort to overcome these shortcomings, the non-metaphorical concept of “poaching” recently defined by Québec critic Simon Harel is introduced as a more appropriate tool for describing—and maintaining—the creative conflictuality so vital to the survival of contiguous cultural and disciplinary spaces