L’affaire des caricatures de Mahomet (février 2006) a mis en lumière l’existence de seuils de tolérance à la moquerie visant les choses religieuses. Ces seuils varient beaucoup d’une religion à une autre. L’auteur entend souligner à quel point ils évoluent aussi à l’intérieur de la religion chrétienne, réputée plus placide que d’autres à cet égard. Avec une méthodologie d’historien et des repères de théologiens, il retrace les cinq grandes étapes (ou situations typiques) d’une histoire spécifique, celle des rapports entre le christianisme et la dérision, notamment sous la forme graphique de la caricature des figures caractéristiques de cette religion : l’Antiquité, le Moyen Âge, la Réforme, les dernières décennies du xixe siècle, puis la seconde moitié du xxe siècle. Il ressort que les seuils de tolérance ne sont jamais fixés une fois pour toutes et surtout varient selon qu’il s’agit de Dieu (du Christ) et de la Vierge, ou bien des saints, des curés ou des pratiques religieuses. En tout état de cause, ils sont toujours l’objet de subtiles négociations et font partie intégrante du pacte social dont chaque société a besoin pour éviter les heurts qui peuvent résulter du choc des sensibilités.The case raised by Muhammad’s caricatures (feb. 2006) has shown that there could be limits to the mocking of religious matters. If the limits can vary from a religion to an other, in this paper it will be pointed how they evolved within the Catholic religion, that is considered more tolerant in these matters. Using a historical methodology and theological coordinates, five important landmarks or typical situations are presented within the history of the relationships between Christianity and mockery, focusing on the pictorial caricature of this religion’s great figures?: the Antiquity, the Middle Ages, the Reformation, the last decades of the 19th century, and the second half of the 20th century. It is shown that tolerance towards mockery varies depending on the “target”?: God, Christ, the Virgin Mary, or the saints, the priests and the religious practices. In any case, tolerance always has to be negotiated within the social pact that is central to every society, in order to prevent the problems that can result from clashes of sensitivity