Cet essai cherche, à partir de cette affirmation – « La mélancolie est peut-être le remède idéal ou le seul utile pour moi, prendre continuellement des comprimés de mélancolie… » –, à définir le rôle de la mélancolie dans la pensée de Thomas Bernhard. Véritable négatif de l’antidépresseur, en ce qu’il ne cherche ni la normalisation de la pensée ni l’uniformisation du rapport à l’Autre, le comprimé de mélancolie a pour but d’induire un effet similaire à la volonté éperdue de lucidité qui guide tous les narrateurs de l’oeuvre de Bernhard, volonté toujours bipolaire de voir le monde dans toute sa contradiction. Considérée à la fois comme médicament de sur-vie et comme dispositif réflexif, autocritique, la mélancolie bernhardienne indique la façon dont l’imperfection de la pensée en est le seul moteur.From this statement — “Melancholy is perhaps the ideal remedy or the only useful for me, continually taking tablets of melancholy…” —, this essay strives to define the role of the melancholy in Thomas Bernhard’s thinking. An antithesis to antidepressants, as it neither seeks the normalization of thought nor try to standardize the relation to the Other, the melancholy tablet generates an effect similar to the desperate will of lucidity that guide all of Bernhard’s narrators : a bipolar will to see the world in all its contradictions. Considered both as a survival medicine and an autoreflective device, melancholy in Bernhard’s work shows how the imperfection of thought is the engine of thought itself