Deux histoires sont ici rapprochées, chacune avec ses multiples dimensions, ses points de vue croisés, ses amnésies et ses fixations. La première, c’est celle qui rassemble, dans la mémoire dispersée des individus ou dans celle ordonnée des études historiques, les événements militaires, politiques, économiques ou culturels, les projets politiques et les affaires de l’État, les morales, les modes et les passions de groupes sociaux, la mentalité particulière de chaque époque. La deuxième, c’est celle du cinéma québécois, dans la diversité de ses figures, de ses styles, de ses genres, de ses propagandes, de ses champs sociaux, de ses acteurs. Le rapprochement de ces deux histoires fait voir que, si elles n’ont jamais cessé d’interférer l’une avec l’autre, les modes de cette interférence ont été très divers : tantôt, les affaires de l’État ont déterminé la représentation de la nation ; tantôt, les projets politiques ont servi à l’élan de création ; tantôt, des événements militaires sont restés oubliés par l’image ; tantôt, des batailles sociales ont représenté des raisons d’être du cinéma ; tantôt, le cinéma a fait l’histoire, etc.This article brings together two histories, each with its own multiple aspects, different points of view, forms of amnesia and obsessions. The first is the history found in the dispersed memory of individuals or in the orderly form of historical studies: military, political, economic or cultural events; political projects and the affairs of state; the morals, fashions and passions of social groups; and the mentality unique to every era. The second history is that of Quebec cinema in the diversity of its devices, styles, genres, propaganda, social terrain and agents. By bringing these two histories together we find that, although they have never failed to interfere with each other, the forms of this interference have been highly diverse: at times the affairs of state have determined how the nation is represented; at others political projects have impelled artistic creation; at others military events have been forgotten by images; at others social battles have represented cinema’s raison d’être; at others film has made history; etc