Cet essai souligne la valeur programmatique des lectures d’enfance des personnages du Frankenstein (1818) de Mary Shelley, et tout particulièrement les effets de l’exposition de la créature à la lecture de l’essai de C.-F. Volney, Les Ruines (1791). Il montre comment cette lecture renvoie le monstre à une scène primitive problématique et à son statut abhorré de « machine orpheline », fabriquée de fragments humains par un père célibataire. Mais l’auteur analyse aussi comment la ruine est posée comme telos du récit, le monstre se définissant peu à peu, devant l’isolement où il se voit confiné, comme agent ruiniste : celui qui porte la ruine et fait ainsi du créateur un être réduit à ressembler à sa créature. Comparant les signifiants de la ruine chez Volney et Shelley, le texte situe le devenir-monstre de la créature dans les agissements de celle-ci plutôt que dans le bricolage physiologique dont elle est le produit.This essay underlines the programmatic value of childhood readings for the characters of Mary Shelley’s Frankenstein (1818) as it assesses the impact of C.-F. Volney’s The Ruins (1791) on Victor Frankenstein’s creature. It demonstrates how this book confronts the monster to his problematic “primitive scene” and his abhorred condition of “orphan machine” made of human fragments pieced together by a single father. But it also analyzes how the idea of ruin becomes the horizon and telos of the narrative as the monster, confined to solitude, resolves to be an agent of destruction, a bearer and carrier of ruin who condemns his creator to resemble his creature. Comparing the signifiers of ruin in both Volney and Shelley, the author situates the becoming-monster of the creature in the latter’s behaviour rather than in the physiological bricolage from which it has been born