Cet article étudie l’impossibilité de distinguer, dans la France de l’Ancien Régime, l’auteur traduit et l’auteur traduisant dans le cas des Modernes, l’absence d’une distinction nette entre l’auteur original et ses traducteurs, tant chez ceux-ci que pour la critique de l’époque, remettant en question la lecture moderne des textes produits jusqu’en 1857, lecture qui ne voit en eux que de « belles infidèles ». Tout comme d’Ablancourt avant eux, les traducteurs français du XVIIIe siècle se conçoivent autant comme auteurs que comme traducteurs; la question d’une quelconque forme de fidélité ou d’exactitude ne se pose donc pas. L’opposition entre traducteurs-auteurs (qui produisent le plus souvent les premières versions françaises des textes de leurs contemporains) et (re-) traducteurs scientifiques (qui proposent une énième version d’un classique) se maintient jusqu’au XIXe siècle en France au moins, au moment où l’auteur « à traduire » devient Dante, entre 1850 et 1860.This paper addresses the fact that it is impossible in the France of the Ancien Régime to separate the translated author from the translating one, especially when ancient authors were concerned. The lack of a clear distinction between original authors and their translators, from the perspective both of the latter and of contemporary critics, challenges the modern reading of texts produced before 1857 that qualifies them as belles infidèles. Like Perrot d’Ablancourt before them, 18th-century French translators saw themselves simultaneously as authors and translators. Thus, the issue of a so-called fidelity or faithfulness is irrelevant. The opposition between translating authors (who produced the initial French translations of their contemporaries) and scientific translators (who offered yet another rendering of a canonical text) is maintained in France until the 1850s when Dante became “the” author to translate