research

Le sujet de l’art. Prolégomènes à une esthétique deleuzienne future 

Abstract

Peut-on parler d’une « esthétique » deleuzienne ? Quel est le statut que Gilles Deleuze a réservé aux productions artistiques ? Y a-t-il pour Deleuze un « sujet » de l’art ? Quelle place les arts ont-ils occupée dans l’oeuvre du philosophe ? Après la parution de Qu’est-ce que la philosophie ? de nombreux critiques et commentateurs de l’oeuvre deleuzienne ont cru trouver dans ce livre les « éléments » — au sens d’une Elementarlhere, à la manière kantienne — qui permettaient d’en déterminer la configuration générale. Et c’est ainsi que les notions de percept et d’affect, par exemple, ont été transformées en concepts passe-partout que l’on allait « appliquer » sans autre forme de procès à l’analyse des oeuvres d’art. Ce que l’on découvre en examinant certains des jalons marquant le travail de Deleuze sur l’art, c’est que si l’on doit parler d’une « esthétique » deleuzienne, ce n’est pas du côté d’une théorie du beau, mais plutôt du côté d’une théorie du « jugement », directement tirée d’une relecture des grands textes de Kant sur le goût et sur le « sujet » de l’art, que l’on doit chercher. En partant de ce type de considération, il faut s’interroger sur les raisons qui ont amené Gilles Deleuze à revisiter l’esthétique transcendantale kantienne. On découvre ainsi le rôle clé qu’a joué la troisième Critique de Kant dans l’élaboration par Gilles Deleuze d’une esthétique a-subjective et non représentative fondée sur une remise en question radicale de la conception kantienne du rapport entre les facultés.Can we speak of a “Deleuzian aesthetic”? What status did Gilles Deleuze accord art? Does art, for Deleuze, have a “subject”? What was the role of the arts in his work? After the publication of What Is Philosophy?, many critics and commentators on Deleuze believed that they had found in this book the “elements”—in the sense of Kant’s Elementarlhere—which would make it possible to determine the answers to these questions. This is how the concepts of percept and affect, for example, were transformed into general concepts that could be “applied” without any modification to the analysis of works of art. What we see when we examine some of the key aspects of Deleuze’s work on art is that, if we are to speak of a “Deleuzian aesthetic,” we must look not on the side of a theory of beauty but rather on the side of a theory of “judgment,” taken directly from a re-reading of Kant’s major writings on taste and the “subject” of art. We must then enquire into the reasons why Deleuze revisited Kantian transcendental aesthetics. In doing so, we discover the key role played by Kant’s third Critique in Deleuze’s development of a non-subjective and non-representational aesthetic founded upon a radical calling into question of Kant’s conception of the relations between the faculties

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