La violence de masse, considérée ici comme un ensemble d’agressions collectives et étendues, menées contre une population civile, constitue un enjeu majeur de sécurité au XXIe siècle. Dès lors, l’élaboration d’outils analytiques nous permettant d’en saisir la nature s’avère cruciale. Dans le contexte de cet article, nous proposons l’idée selon laquelle le génocide en tant que paradigme, jusqu’alors utilisé pour saisir ce phénomène, ne présente qu’une valeur heuristique relative à l’épreuve des faits contemporains de massacres tels qu’ils se sont produits en Bosnie-Herzégovine (BiH) entre 1992 et 1995. Après avoir établi une genèse épistémologique du paradigme de génocide, nous dresserons une brève ontologie de la violence de masse telle qu’elle s’est manifestée en Bosnie. Celle-ci révèle des pratiques et dynamiques d’extermination qui restent en grande partie inexpliquées par la proposition d’un projet politique, étatique et intentionnel d’éliminer un groupe en fonction de son caractère religieux, ethnique, racial ou national. De même que la mise en place d’une structure bureaucratique et d’une chaîne de commandement pour l’exécution de telles politiques, telles que proposées dans le génocide, ne permettent pas de saisir la nature de cette élimination. En conclusion, nous esquissons une série de propositions pour la formulation d’un nouveau paradigme capable de saisir ces dynamiques alors mises à jour.Mass violence, considered as a set of widespread and collective aggressions lead against a civil population represents a major security issue of the 21st Century. As such, the elaboration of analytical tools allowing us to understand its nature remains crucial. This article proposes the idea that genocide, as a prevalent paradigm used to grasp that phenomenon, holds relative heuristic value confronted to contemporary massacres such as the events that took place in Bosnia-Herzegovina between 1992 and 1995. Firstly, we draw a genesis of the genocide and then some of the epistemological sources that established it as a paradigm. Then, a short ontology of mass violence that happened in Bosnia will be sketched out. This will lead us to the observation that some extermination patterns remain unexplained by the intent to destroy in whole or in part a group based upon their ethnical, national, religious or racial membership; or by a bureaucracy and a chain of command such as proposed by the genocide paradigm. To conclude, we draw a few propositions to help the elaboration of a new paradigm able to grasp the new patterns revealed