'CIRAD (Centre de Cooperation Internationale en Recherche Agronomique Pour le Developpement)'
Abstract
L'usage des pesticides s'est répandu de manière très importante avec le développement de l'agriculture intensive, tous les continents sont concernés. Selon la FAO, en 2022, près de 3.70 millions de tonnes de pesticide ont été utilisées par l'agriculture dans le monde contre moitié moins en 1990. Ces usages ne sont pas sans impacts sur l'environnement et sur la santé humaine. Par ailleurs, ces usages sont aussi nécessairement hétérogènes d'un pays à l'autre, d'une filière à l'autre. L'initiative Pretag vise à apporter des connaissances plus précises sur ces usages en réalisant un inventaire des pesticides utilisés dans cinq filières de production tropicales (banane, café, cacao, maraîchage et riz), à analyser leur utilisation et à évaluer les risques associés. La mobilisation des résultats d'enquêtes menées dans de précédents projets ou dans certains cas de données spécialement acquises dans le cadre de Pretag dans des pays d'Amérique Latine, d'Afrique subsaharienne et du Sud Est Asiatique nous a permis d'inventorier l'utilisation de 300 produits phytopharmaceutiques lesquels sont constitués de 92 substances actives différentes. Sur la base de l'évaluation des risques sanitaires et environnementaux de ces 92 substances réalisée à l'aide de cinq indicateurs (IRSA, BROWSE, ACV (Santé humaine et Environnement) et I-PHY), cette étude a permis d'identifier 39 d'entre elles comme préoccupantes. Nous avons affiné cette évaluation en confrontant les résultats de ces 5 indicateurs à ceux de 4 autres indicateurs de la base de données PPDB1 (Human health, Ecotoxicity et Environmental fate) et le classement CMR2. Au terme de cette analyse, cinq substances actives hautement préoccupantes ont été identifiées, trois insecticides : le chlorpyrifos, l'endosulfan et le terbufos ainsi que deux fongicides : le chlorothalonil et le cyproconazole. Toutes les filières étudiées sont concernées par au moins une de ces substances actives. Malgré les différences méthodologiques entre les indicateurs, on constate une convergence de classement selon la dangerosité d'un tiers des substances actives. Différentes limites méthodologiques de cette étude sont discutées. Globalement, l'approche que nous proposons visant à combiner différents indicateurs pour évaluer les impacts sanitaires et environnementaux des pesticides permet de contrecarrer les limites de chaque indicateur pris isolément. Il est également important de considérer que la variable d'entrée des indicateurs est la substance active et ne considère pas la dangerosité des produits de dégradation de ces dernières souvent plus persistantes dans les milieux. Les indicateurs ne prennent pas en compte non plus les effets synergiques et/ou cumulatifs des substances actives ni même les effets de la formulation des pesticides et des co-formulants et/ou des adjuvants des produits commerciaux. Enfin, les scenarii d'usage choisis pour permettre les calculs de ces indicateurs se sont basés sur les conditions d'usage des bonnes pratiques phytosanitaires (applicateurs protégés, traitement au bon moment, à bonne distance d'un point d'eau…) ne reflétant très probablement pas la réalité et minimisant, de facto, les niveaux de risques que nous avons calculés. Les suites possibles du WP1 sont ensuite abordées afin d'identifier : i) comment améliorer l'évaluation des usages des pesticides dans les filières de production tropicales pour en limiter les risques de transfert vers l'environnement, ii) comment limiter les risques pour la santé humaine en proposant notamment le développement d'un outil d'aide à la décision numérique pour permettre aux producteurs/applicateurs d'avoir accès eux-mêmes à la dangerosité des produits et iii) comment compléter l'approche par indicateurs par le déploiement d'outils d'échantillonnage à bas coûts de type EPI (échantillonneurs intégratifs passifs)