research

Les retenues collinaires font-elles ressource ? Réflexions à partir de la Tunisie Centrale

Abstract

International audienceWater is often referred to as “a vital resource”. This “resource” is however not a “gift” from nature but rather a social and political construction. Societies, individuals or social groups, turn water into a resource through the value they place upon this element, and through the practices employed to mobilise, own, misappropriate and exploit it. Anthropological research carried out around oases notably contributed in documenting and understanding this process. Over several centuries, social groups turned water into a productive and social resource, leading observers to consider that water founds a community. However, these works focussed on areas where water has been harnessed since ancient times, through practices which evolved with society. Water then becomes a mirror, and perhaps the memory, of a society. What happens though when water has recently “arrived” in a territory, as occurs after the construction of a dam or borehole? How is this “new resource” involved in the structuring of the local society? Does water found the community in this case? Is it valued as a resource by the social group? And if so, what kind of resource?To examine this question, we chose to focus on the small hillside reservoirs built since the 1960s in Central Tunisia. Developed through a series of government initiatives, these reservoirs, which fulfil multiple though sometimes contradictory objectives, collect water in places where it previously did not accumulate. What effect does this have on a territory? How do the local social groups take ownership of this water? How do they exploit it?Through the detailed study of four small reservoirs situated close to the Merguellil wadi (Kairouan region), we show that the reservoirs are viewed as a resource by riparian communities, but not in the common sense of the word. Water supplies and access are indeed too scarce and unreliable to constitute a hydrological resource, capable of supporting income generating agricultural activities. Nevertheless, water mobilised and the reservoir itself (be it full or empty) play an active role in structuring and maintaining local social groups. As such, small reservoirs constitute a resource; a memorial, political and anthropological resource.« L’eau est une ressource vitale », dit-on souvent. Or, cette « ressource » n’est pas un « donné » de la nature, mais bien un construit social et politique. Ce sont les sociétés, individus ou groupes sociaux, qui font de l’eau une ressource à travers le regard qu’elles portent sur cet élément et les pratiques qu’elles mettent en œuvre pour le mobiliser, se l’approprier, le détourner et le valoriser. Les travaux anthropologiques menés notamment dans les régions oasiennes ont contribué à documenter et comprendre ce processus. Au cours de centaines d’années, des groupes sociaux ont fait de l’eau une ressource à la fois productive et sociale, amenant les observateurs à considérer que l’eau fonde la communauté. Or, ces travaux portent tous sur des lieux où l’eau circule et est appropriée depuis des temps anciens, à travers des pratiques qui évoluent en même temps que la société. L’eau est alors miroir, et peut-être mémoire, de la société. Qu’en est-il lorsque l’eau est « arrivée » récemment sur un territoire, comme c’est le cas lors de la construction d’un barrage ou d’un forage ? Comment cette « nouvelle ressource » entre-t-elle dans le processus de construction de la société locale ? L’eau fonde-t-elle la communauté dans ces cas là ? Est-elle érigée en ressource par le groupe social ? Si oui, de quel type de ressource s’agit-il ?Pour examiner cette question, nous proposons d’étudier le cas des retenues collinaires construites depuis les années 1960 en Tunisie Centrale. Créées à l’initiative de l’État, ces retenues aux objectifs multiples et parfois contradictoires permettent de stocker l’eau à un endroit où elle ne s’accumulait pas dans le passé. Qu’est-ce que cela produit sur le territoire ? Comment les groupes sociaux en présence se saisissent-ils de cette eau ? Qu’en font-ils ? À travers l’étude approfondie de quatre retenues collinaires situées à proximité de l’oued Merguellil (région du kairouannais), nous montrons que ces retenues sont érigées en ressources par les riverains de ces ouvrages, mais pas dans le sens le plus commun de la notion de ressource. En effet, les stocks d’eau ainsi constitués sont souvent trop incertains en quantité, en accessibilité et/ou en fréquence pour constituer des ressources hydrologiques potentiellement génératrices de revenus. Par contre, l’eau ainsi mobilisée entre dans le processus de construction sociale et de maintien du groupe, tout autant, d’ailleurs que l’ouvrage technique lui-même, qu’il soit plein ou vide. En ce sens, les retenues collinaires « font ressources », des ressources mémorielles, politiques et anthropologiques

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