International audienceSelon les lieux et les périodes, les activités qu'une société rémunére et la manière dont elle le fait varient considérablement. L'origine du verbe « professionnaliser » témoigne de cette fluctuation. La première occurrence française de ce verbe anglais, qui désigne l'action de « donner (à une activité) le caractère d'une profession », est datée de 1898 par le dictionnaire Robert, qui délimite clairement le contexte de son apparition : le sport. Si le terme est récent, la professionnalisation du sport s'inscrit dans la longue histoire occidentale de la structuration économique d'une civilisation des « loisirs ». Dans les milieux musicaux, une étape décisive de cette histoire se déroula dans les années 1450-1550. Cette période ne fut certes pas la première à rémunérer des « services musicaux ». Sans remonter à l'Antiquité, à ses histrions ou à ses concours de virtuoses, les confréries de ménétriers organisées dès le XIIIe siècle et bien documentées à partir du siècle suivant témoignent de l'existence d'un « métier », au plein sens médiéval du terme, dont la « raison sociale » était la musique. Mais c'est aux alentours de 1500 qu'émergea une communauté professionnelle de musiciens, unifiée autour d'une compétence, par-delà des barrières sociales qui la divisaient jusqu'alors. Ce phénomène est perceptible à travers un ensemble de facteurs qui, une fois mis en relation, dessinent un mouvement cohérent et linéaire. Cette étape importante d'une histoire qui reste à écrire, celle de la professionnalisation des musiciens, se définit d'abord comme le passage d'un modèle socioprofessionnel médiéval à un modèle moderne, caractérisé par la laïcisation des élites musicales et l'ascencion sociale des instrumentistes, qui aboutit à l'unification des milieux musicaux et à l'apparition du musicien