Même si le mot n'est apparu qu'à la charnière des 19 ème et 20 ème siècles, au sein de l'école historique allemande, on sait, au moins depuis Ricardo et Marx, que le capitalisme est indissolublement lié à la perspective de l'accumulation. On peut considérer que la plupart des économistes s'accordent sur l'idée très vague et très générale selon laquelle le capitalisme est l'ensemble des éléments (comportements, activités, relations et/ou rapports sociaux, règles, institutions, conventions…) qui s'inscrivent dans la perspective de l'accumulation. Le marché, lui, est, au niveau le plus élémentaire, le lieu de l'échange. Pour les économistes, il est l' " espace " (théorique, historique, géographique, institutionnel, conventionnel…) de confrontation de l'offre et de la demande ; dans une perspective théorique, il est également appréhendé comme un mode de coordination des choix individuels. Sans doute n'est-il pas nécessaire d'aller au delà de cette esquisse très superficielle, ni d'avoir fait de longues études d'économie, pour noter que ces deux mots, potentiellement ces deux concepts, procèdent de deux " angles d'attaque " , de deux perspectives, de deux points de vue distincts sur la réalité économique. Pourtant, l'assimilation du capitalisme et du marché (ou de l'économie de marché) est sans doute l'une des confusions les plus courantes, non seulement dans les discours communs, mais aussi dans les discours savants. Dans un souci de clarification, on se propose ici de mettre en évidence et de caractériser les relations entre capitalisme et marché durant la Renaissance, c'est à dire, au moment de l'émergence du capitalisme. Il ne s'agit évidemment pas de prétendre que les relations ainsi mises à jour seraient immuables et caractériseraient encore l'économie contemporaine, mais de montrer que ces relations s'établissent entre deux ensembles non disjoints mais clairement distincts, et qu'en conséquence, l’assimilation du capitalisme et du marché interdit de penser l’émergence du capitalisme commercial de la Renaissance