International audienceLes arts visuels dans les sonnets de Rafael Alberti : pistes transesthétiques vers une écriture de l'image L'oeuvre poétique de R. alberti illustre la fascination de son auteur pour l'image 1 , notamment à travers le recueil A la pintura (1945-1952) 2 , dédié à la peinture. Dans ce recueil, mais aussi dans Marinero en tierra (1924) 3 , Los ocho nombres de Picasso (1966-1970) ou Roma, peligro para caminantes (1963-1968), le sonnet est associé à une évocation ou une réflexion sur les arts visuels. Nous nous proposons d'étudier les modalités de cette correspondance en analysant les rapports de type « référentiel » (le sonnet désigne l'image) et les rapports de type hyperesthétique, de recréation de la « visualité ». Le portrait ou le paysage constituent des modes d'écriture du visuel, par un changement de médium, une « retranscription » littéraire, mais aussi, comme nous le verrons enfin par une imitation de la visualité qui fait du sonnet un tableau. I-L'art visuel, référent du sonnet Les arts visuels sont évoqués par R. Alberti, à travers trois schémas principaux de rapports transesthétiques 4 , de la simple allusion à la description (ekphrasis) ou au commentaire. Dans le recueil A la pintura, la peinture est le référent du poème qui la désigne, l'interpelle, lui rend hommage. 1.1 A la pintura : les arts visuels au fondement des sonnets et des recueils Chacun de vingt sonnets de A la pintura est consacré à un objet unique et central : corps –du peintre 5 ou du modèle 6 – outils 7 , techniques 8 , objets représentés 9 , genres picturaux 10 , talent de l'artiste 11 , sont célébrés tour à tour, dans un hommage multiple et minutieux permettant une évocation « totale » de ce macro-référent, la peinture, vers lequel les sonnets convergent. Cette correspondance interne est soulignée par la répétition de l'expression « a la pintura » au vers 14 de chacune des compositions, et les renvois allusifs d'un poème à l'autre comme dans le sonnet liminaire « A la pintura » 12. Les échos aux autres sonnets du recueil y expriment l'alternance entre deux conceptions de la peinture, art et artisanat. Le terme « lino » (v. 1) renvoie à son aspect matériel, célébré dans le poème « Al lienzo », évoqué par les termes « pincel » (v. 6) et « línea » (v.5), qui font écho aux titres « Al pincel » et « A la línea ». Au contraire, avec le terme « diseño », il est question de la peinture comme art, conçu (« en espera », v. 2) dans l'esprit du peintr