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Les fables d'Esope : une oeuvre sans auteur?

Abstract

International audienceIl est d'usage, dans la plupart des éditions critiques des Fables de La Fontaine, d'indiquer en note la « source » de chaque motif retravaillé par le fabuliste. Par érudition, pour satisfaire la curiosité du lecteur, par honnêteté intellectuelle aussi, pourquoi pas ? La Fontaine, après tout, n'invente rien, ou alors, c'est au sens de l'ancienne rhétorique, celui qui avait encore cours au xvii e siècle : il « retrouve » et réécrit. Lorsque la référence à la source est discrète, dévoilée à titre indicatif pour les éventuels besoins de la recherche littéraire ou la satisfaction de la curiosité savante et éclairée, l'esprit du lecteur se plaît à vagabonder dans cette immense tradition, les noms des auteurs antiques, médiévaux et modernes recelant une certaine poésie. Mais lorsque la référence tourne systématiquement à la confrontation, la rêverie se mue peu à peu en agacement. Il n'est pas indifférent de noter en effet que l'honnêteté intellectuelle a ici un insigne avantage : loin de ternir le prestige de notre poète national en lui retirant le mérite de ce qui, depuis le Romantisme, constitue la condition de la gloire littéraire – l'originalité, – elle rend par contrecoup hommage à son talent, la comparaison de son oeuvre avec ses sources présumées lui étant extrêmement favorable. Si bien que l'hommage se fait parfois tapageur et que l'on finit peu à peu par se demander si la mention des sources n'est pas en fait une façon d'offrir un repoussoir à La Fontaine dans une perspective téléologique de l'histoire de la « littérature » : mettre face à face l'origine – bien plus que la source à cet égard – et l'accomplissement, les balbutiements du genre au regard des réalisations de ce qui serait son « essence »..

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