Les enjeux climatiques sont devenus une problématique inévitable. Les architectes se confrontent à ces questions depuis de nombreuses années. Le secteur a focalisé les efforts sur l'aspect énergétique, avec une réponse essentiellement normative. Cette approche se limitant à une visée d'efficience thermique, lie la notion de confort à celle plus restrictive de la conformité .
La quête d'un confort en termes quantitatifs, qui en découle, pousse à éviter d'autant plus la possibilité de se confronter aux éléments sensoriels qui composent notre milieu. Depuis que l'homme s'est sédentarisé, l'habitation n'a pas cessé de marquer une séparation avec la nature . L'inconfort, quant à lui, provoque la prise de conscience d'une sensorialité. C'est donc la notion même de confort qui doit d'être interrogée. Sans un retour au «sauvage», comment peut-on envisager une concrétude dans notre rapport au milieu, dont l'homme et l'architecture sont les acteurs? Au même titre que l'inconfort provoque un message sensoriel au sein de l'expérience de l'espace, la représentation peut-elle évoquer une sensorialité?
L'architecture, depuis la Renaissance, est intrinsèquement liée à sa représentation, qu'elle tente de signifier ou de projeter. Lors de la conception d'un projet, des individus se rencontrent et utilisent un ensemble d'outils de représentations pour dialoguer. Ce moment permet de considérer les éléments fondamentaux qui constitueront le milieu souhaité. C'est donc un temps crucial où les facteurs invisibles du bâtiment, induits - entre autres - par les enjeux climatiques, doivent être pris en compte. La représentation architecturale doit envisager de reconquérir une sensorialité propre à son milieu pour pouvoir l'imaginer.
Dans son étude esthétique , Gilles Deleuze nous décrit la manière dont le peintre Francis Bacon tente d'exprimer la sensation. On comprend son désir de dépasser la figuration pour entrevoir un ressenti. Ainsi introduit-il un caractère sensible, en suggérant un espace haptique plutôt qu'optique et en incluant des incidents dans la composition.
Les recherches sur le langage esthétique d'Umberto Eco permettent de définir des messages d'ambiguïtés ou d'indéterminations, non pas dans leurs manques d'informations, mais dans leurs natures «ouvertes». Le développement d'Eco mène vers le message poétique qui se qualifie par son caractère ouvert dans ces capacités d'évocations.
Dans cet argumentaire, nous tenterons de transposer les réflexions de ces auteurs à la représentation architecturale. L'intérêt de cette proposition ne se trouve pas tant dans le fait de montrer les éléments invisibles qui constituent nos milieux, mais plutôt dans celui d'exprimer un ressenti pour les projeter. Et faire des enjeux climatiques, une opportunité pour réintroduire une sensibilité dans notre rapport au monde