La narratologie est née de la prise de conscience que l’horizon des travaux portant sur la narrativité débordait du cadre de la théorie littéraire. Pourtant, elle a été longtemps réticente à s’émanciper de son périmètre d’origine. Il en a découlé qu’un certain nombre de concepts, notamment les approches qui relèvent de la narratologie modale, se sont figés dans des définitions qui les rendent difficilement transférables à des formes non verbales. À une époque où les récits se déclinent sur une vaste gamme de supports médiatiques parfois coordonnés, il est devenu urgent de développer une théorie capable d’embrasser une telle diversité, sans réduire a priori les différences signifiantes entre les médias. Dans cet article, par le biais d’une approche comparée des médias, je défends une narratologie décentralisée, de manière à refonder ses concepts et à les rendre suffisamment souples pour s’adapter à n’importe quel média, tout en réfléchissant à la manière spécifique dont chacun d’entre eux s’incarne médiatiquement et détermine un champ des possibles pour le récit