research

Le paysage boisé et les modes d’occupation de l’île de Montréal, du Sylvicole supérieur récent au XIXe siècle

Abstract

Cet article examine l’ancien paysage boisé de l’île de Montréal afin de restituer les modes d’occupation territoriale de la préhistoire au xixe siècle. À la fin de la préhistoire, on distingue trois modes d’occupation sur l’île. Dans le Sud-Est, le paysage boisé résulte des pratiques de jardinage intensif et de circulation à travers des chênaies clairsemées évoluant vers une savane. Ce mode d’occupation diminue d’intensité mais ne disparaît pas entre Cartier et Champlain. La forêt du tiers ouest de l’île est modelée par des pratiques de jardinage traditionnel dispersé et ce, jusqu’au début du xviiie siècle. Enfin, une immense cédraie couvre le versant nord de l’île; elle semble être en place depuis des siècles, sans perturbation anthropique significative. Les derniers signes d’occupation autochtone traditionnelle disparaissent entre 1700 et 1725 alors que prend place un mode colonial d’exploitation. Les seigneurs sulpiciens se réservent la forêt montréalaise jusqu’à 1698 quand ils cèdent la cédraie du versant nord à des pionniers qui l’utilisent pour la construction d’un habitat rural. Les espèces plus convoitées, le pin blanc, le chêne et le frêne, demeurent l’apanage des seigneurs. Vers 1830 les premiers arrivages du bois de l’Outaouais apparaissent dans le registre archéologique, signalant l’épuisement de la forêt insulaire.The article examines the ancient forest landscape of Montréal Island in order to reconstruct territorial occupation modes from late prehistory to the 19th century. During late prehistory, three occupation modes can be discerned on Montréal Island. In the south-east, the wooded landscape reflects intensive gardening practices and circulation under sparse oak groves tending toward a savannah. This occupation mode diminishes in intensity but does not disappear between Cartier and Champlain. In the island’s western third, the forest was modelled by dispersed traditional gardening until the early 18th century. Finally, an immense cedar grove covered the island’s northern slope. It was likely several centuries old and showed little indication of human disturbance. Signs of traditional Native occupation modes disappear between 1700 and 1725, giving way to colonial exploitation practices. The Sulpician seigneurs controlled the island’s forest resources until 1698 when they conceded the northern cedar grove to pioneers who used it to build their farmsteads. More coveted species such as white pine, oak and ash remained under seigneurial control. The first imported timber from the Ottawa Valley appears in the archaeological record about 1830, signaling the exhaustion of local woodlands

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