Se soucier des morts de l'Antiquité aux premiers siècles du Moyen Age : la parole de saint Augustin à l'épreuve des enjeux socio-anthropologiques des funérailles et du tombeau

Abstract

What is a graveyard ? The question seems rather trivial, however for several years historians have debated numerous time on the subject and seek to determine whether the advent of Christianity has profoundly changed the relationship of the living with the dead.in the first part the purpose is to analyze the word of St. Augustine to the extent that it is considered as a foundation of the Christian doctrine in terms of funeral practices. In this perspective, Augustine's treatise devoted specifically to this question, the De cura gerenda pro mortuis, is re-examined in the light of the ontological-theological system that St. Augustine built throughout his life. Far from being a simple guide to good practices for Christians, the De Cura appears as a development of this system. Augustine examines the question of the place of the body in the relationship between the living and the dead. The very construction of the De cura designates the body as the object that Augustine places at the heart of his reflection.Borrowing the track designated by Augustine, the second part of this thesis is about understanding the role of the body in funerary ritual as it is grasped in the written and archaeological sources of Latin antiquity and the first centuries of the Middle Ages. A fresh examination of these sources makes it possible to restore a series of funeral rites that compose a real cycle through which the death of others is shaped so that everyone can recognize that it has taken place. With the help of philosophy, in particular phenomenology, it becomes possible to note that it is not only a question of recording the death of others in time, but that it is also about inscribing it in space, that is to say in a place, which is precisely what is intended by the act of burying the dead in a tomb.Finding a place for the dead does not mean moving them away from the community of the living, but on the contrary assigning them a place so that the living can establish a relationship with them. Indeed, it is precisely the modalities of this relationship, which pass through the mediation of the tomb and therefore through it through the mediation of the body, which do not fit in with the philosophy of St. Augustine.Ultimately, the meeting of burials with the buildings embodying the Christian community, confirms the failure of the Augustinian word before the concern of the members of this community to bring the dead, body and soul, into the City of God.Qu’est-ce qu’un cimetière ? La question parait triviale, pourtant depuis plusieurs années elle fait l’objet d’un débat de la part des historiens qui cherchent à déterminer si l’avènement du christianisme est venu modifier en profondeur le rapport que les vivants tissent avec leurs morts.Dans une première partie, le propos consiste à analyser la parole de saint Augustin dans la mesure où celle-ci est considérée comme fondatrice de la doctrine chrétienne en matière d’usages funéraires. Dans cette perspective, le traité qu’Augustin consacré spécifiquement à cette question, le De cura gerenda pro mortuis, est relu à la lumière du système onto-théologique que saint Augustin a construit tout au long de sa vie. Loin d’être un simple guide de bonnes pratiques à l’usage des chrétiens, le De cura apparaît comme un développement de ce système. Augustin y examine la question de la place qui revient aux corps dans la relation qui lie les vivants aux morts. La construction même du De cura désigne le corps comme l’objet qu’Augustin met au cœur de sa réflexion.Empruntant la piste désignée par Augustin, le propos s’applique dans un deuxième temps à comprendre le rôle que tient le corps dans la ritualité funéraire telle qu’elle se laisse saisir dans les sources écrites et archéologiques de l’Antiquité latine et des premiers siècles du Moyen Âge. La relecture de ces sources permet de restituer une suite de gestes funéraires qui composent un véritable cycle au travers duquel la mort d’autrui est mise en forme afin que chacun puisse reconnaître qu’elle a eu lieu. A l’aide de la philosophie, en particulier la phénoménologie, il devient possible de constater qu’il ne s’agit pas seulement d’inscrire le mourir d’autrui dans le temps, mais qu’il s’agit aussi de l’inscrire dans l’espace, c’est-à-dire dans un lieu, ce qui se joue précisément dans l’installation du mort dans un tombeau. Trouver un lieu pour le mort ne signifie pas l’éloigner de la communauté des vivants, mais au contraire l’y inscrire afin que les vivants puissent établir une relation avec lui. Or, ce sont précisément les modalités de cette relation, qui passent par la médiation du tombeau et donc à travers lui par la médiation du corps, qui ne s’accordent pas avec la philosophie de saint Augustin. En définitive, la réunion des sépultures auprès des édifices incarnant la communauté chrétienne signe la faillite de la parole augustinienne devant le souci des membres de cette communauté de faire entrer les morts, corps et âmes, dans la Cité de Dieu

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Last time updated on May 20, 2019

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